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Cette question ou plutôt ce questionnement s’est imposé à mon esprit au fil de la contemplation permanente de l’état du monde.

Pour autant qu’un individu puisse jamais appréhender le cosmos et se muter par le simple effet de sa volonté, de simple sujet contemplatif en penseur de l’impensable et en diseur de l’ineffable, j’ai entrepris de m’interroger, non sur les fondements ou l’histoire de la pensée franc maçonne en tant que telle, ajoutant une modeste pierre à l’immense édifice de la connaissance universelle sur le phénomène de la franc maçonnerie, mais bien au contraire d’entrer en moi et considérant le sujet pour ce qu’il est, d’approcher avec une crainte révérencielle, mais non sans une certaine exaltation, le mystère d’une méthode singulière de pensée.

Cette recherche produit en moi une sorte d’étrange sentiment qui, je ne le cache pas, induit un intérêt proche de l’excitation intellectuelle sans lequel il n’est pas d’œuvre de l’esprit qui vaille.

Qu’est ce donc la pensée et plus encore qu’est ce qu’une  pensée propre aux Francs-Maçons ?

Peut on légitimer un tel débat par le simple effet de notre insatiable curiosité ou existe-t-il en cette question les ferments d’une profonde interrogation voire un désir ardent de découverte d’un art de la pensée méconnu qui ne se dévoile qu’au chercheur téméraire ?

Puisse cette œuvre nous permettre de nous rapprocher, dans ma mesure de nos moyens, d’une réponse fuyante et hors de portée d’un esprit simplement raisonnant.

C’est pourquoi je ferai fi d’une œuvre d’érudition ou d’une tentative de fonder le sujet sur une étude des philosophes dont il n’est pas décent d’ériger les multiples pensées en mode démonstratif de mon propos.

Je resterai à bonne distance de la rhétorique qui ne sied pas à une telle œuvre et me tiendrai à égale distance d’un propos empreint de raison, tant il est vrai que la méthode déductive si fructueuse pour le rationnel et la science, n’est d’aucun secours à une interrogation par essence préjudicielle.

La dialectique, ou le positivisme ne me seront pas non plus d’un grand secours.

Ce sera donc dans ma pensée et ma pensée seule, hors de toute école et de tout à priori que je chercherai avec l’appréhension d’un échec annoncé, une approche humble et sincère d’une si vaste interrogation.

Loin de tout paradigme, hors de tout archétype, ni innée, ni acquise selon les conventions convenues de la méthode démonstrative propre à l’esprit scientifique, ni encore issue d’une expérience empirique ou singulière, la pensée des francs maçons me semble naître et se développer d’une source étrange qui ne peut se comparer à aucune des formes académiques de la création d’une pensée organisée  et préétablie.

ET tout d’abord, qu’est ce que la pensée ?

Au jeu singulier et redoutable des définitions qui ne satisfait pas une exigence de vérité, j’ai orienté mon œuvre vers une construction intuitive plus à même de nous guider dans la voie d’une détermination d’un espace de réflexion, cet espace qui doit être circonscrit de rien pour parvenir à un sens.

La première intuition réside dans une tentative de penser par ce jeu étrange qui consiste à faire émerger des concepts qui ne se définissent que par leurs contraires et qui n’apparaissent en creux que par le jeu de miroir de concepts opposés.

Ainsi en est il de tout ce qui est dualiste et qui renvoie à un principe de symétrie, constatation mystérieuse en ses effets et qui pour nous, francs maçons, prend la forme de l’orient face à l’occident, du zénith face aux nadir, du septentrion face au midi, des pavés noirs en regard des pavés blancs.

Tous nos symboles alternatifs qui parsèment notre vie spirituelle et initiatique en loge sont autant de manifestations d’une symbolique et de principes porteurs de sens.

Le monde serait dès lors un miroir, toute chose n’ayant d’existence et n’émergeant que par son contraire, tout comme la pensée maçonnique n’a d’existence et ne prend son sens que par opposition à une pensée profane, marquant par là l’indéfinissable frontière entre les mondes profanes et sacrés.

Si l’on veut bien admettre, dès lors, que la pensée des francs maçons n’est pas une singularité, qu’est ce donc qui s’opposerait à une telle pensée et qui la définirait ainsi par antagonisme dans ce jeu de miroir si propre à l’esprit humain ?

C’est là que naît le mystère, puisqu’en effet rien ni aucune méthode ne semble apte à nous guider dans cette quête. Ne nous en étonnons cependant pas.

La pensée est en effet tout à la fois objet et sujet d’elle-même de sorte que rien de ce qui est constitutif ne peux forger ses propres concepts de référence.

Ainsi nous ne pouvons définir notre pensée parce que nous sommes la pensée elle-même et plus encore la pensée en devenir inscrite dans une histoire et dans un temps.

Pour accéder à un stade de conscience de notre propre pensée, il faut disposer de la faculté de discriminer, de distinguer, et pour cela il est impérieux d’exercer notre capacité de nous extérioriser.

Cette faculté d’extériorisation ne se confond pas néanmoins avec la faculté d’exprimer. Elle résulte d’une sortie d’une volonté émergente au delà de la parole et du langage, en réalité d’une naissance spirituelle au monde.

Cette démarche, qui n’est pas une explication mais un moyen,  nous conduit à nous concevoir et nous voir nous même, c'est-à-dire, avant toute chose se connaître soi même.

Le cogito de DESCARTES n’est donc pas une affirmation ni une démonstration rationnelle, mais un présupposé nécessaire pour vaincre le vertige du mystère de notre existence. Il est pour le franc maçon la source de son engagement dans son travail et la raison de son cheminement.

C’est conscient de l’originalité de sa pensée ésotérique que le Franc-Maçon ne s’interrogera pas en vain sur le bien fondé ou la valeur des concepts philosophiques élaborés par les plus illustres de nos penseurs, la pensée échappant nécessairement à toute définition philosophique pour en être le mode de constitution, la brique fondamentale et inaltérable.

Faut il ajouter que la philosophie n’explique pas la pensée pour être la pensée en action !

La philosophie naissant de la pensée, comment peut elle la révéler au monde ?

La pensée tout comme celle du franc maçon échappe par nature à toute construction archétypale ou métaphysique.

La pensée n’est pas plus la simple expression de la parole que celle du langage ou encore la révélation de quelque science de la représentation. En ce sens il n’y a point d’herméneutique de la pensée.

La pensée ne se résout pas en une simple faculté distinctive de l’homme dans l’univers et ne peut non plus, être scientifiquement ou raisonnablement démontrée, même si à l’évidence la pensée n’existe que si l’homme dispose d’une conscience dans un corps et que les religions ont inventé « l’esprit » qui est fille de la pensée.

Ainsi, il est légitime de s’interroger sur cette vertigineuse question ; La pensée appartient elle à l’homme ou l’homme est il sujet de sa pensée ?

La réponse à une telle question ne peut surgir de la seule pensée qui ne peut se prouver à elle-même.

C’est donc par une approche originale que je vous propose de rechercher la réponse ou de tenter de l’entrevoir.

Ainsi il nous apparaît intuitivement que l’homme ne peut être privé de sa pensée.

Plus encore, il est sous le règne permanent de sa pensée, même contre son gré et aucun homme ne peut, serait ce  au prix d’un effort surhumain, se priver de penser.

Freud a démontré l’incroyable structure intime de la pensée consciente et inconsciente révélée par  le rêve et  l’hypnose, sans parler des affections de la pensée sous l’empire des maladies mentales ou des stupéfiants.

Il importe peu que l’homme se veuille maître de sa pensée, il s’agit là en toute hypothèse d’un vœu chimérique. Croyant guider sa pensée, l’homme en est en réalité l’esclave.

Dès lors face à un tel constat, mon projet m’apparu hasardeux et encore plus incertain lorsque j’entrepris la recherche de ’origine, de la nature et des effets de la pensée du franc maçon.

Je pris conscience que je touchais là, non aux fondements de la Franc Maçonnerie à son éthique ou à sa fin, mais aux ressorts les plus intimes de la nature de la méthode maçonnique qui conditionne, peut à être à son insu, l’engagement du franc maçon.

Je vous invite donc mes F :. à réfléchir sur ce mystérieux phénomène qui préside à la transmutation d’une pensée profane en pensée autre et dont je ne pourrai immanquablement  faire l’économie d’une étude téléologique.

Tel l’art de l’alchimie, c’est donc plus le processus de transmutation qui emporte mon interrogation que l’étude des composants entrant en jeu dans ce mystère.

Dans ce dessein, je ne me suis pas assigné l’obligation de faire appel au secours d’une méthode de pensée conventionnelle telle qu’une recherche analytique, comparative, psychanalytique ou encore appuyée sur l’immense corpus philosophique qui trace la voie au fil des siècles des pensées les plus achevées des hommes.

Point n’est ici l’objet d’une énième étude historique de la pensée au travers des paroles et de écrits des plus grands penseurs.

Tout a été dit, tout a été écrit, tout a été pensé, alors à quoi bon un pensée de plus ?

Derniers héritiers aujourd’hui de l’immense somme de l’héritage des penseurs de tous les temps, nous nous sentons écrasés par cet actif successoral et comme réduits à la seule contemplation de  leur génie, certes fiers d’en être les successeurs mais décontenancés par la simple évidence que la philosophie produit des vérité mais non la Vérité.

Si nous allons jusqu’à  exercer avec modestie une critique éclairée des philosophes qui nous donne l’impression de les comprendre et de disposer d’un pouvoir de distinguer dans leurs pensées, nous sommes néanmoins frustrés et comme interdits devant la transgression inouïe d’exprimer une pensée autre, une pensée spécifique de franc maçon d’une autre nature et d’un autre finalité.

En réalité c’est plus la suffisance de l’érudition, la condescendance à l’égard des grandes figures historiques et l’arrogance du conformisme de bon aloi qui réduit le penseur contemporain à l’impérieux devoir d’affirmer son admiration pour l’oeuvre d’esprit des penseurs du passé.

Or malgré mon souci de bienséance intellectuelle, je me suis convaincu que toute pensée contrainte n’est plus une pensée intime.

Celui qui entend exercer sa faculté dans le champ infini des concepts et des idées doit jouir d’une absolue liberté.

Cette liberté implique le détachement tout aussi absolu de tous a priori, de tous dogmes, de tout affect et de toute pensée de prêt à penser.

Ne venons nous pas là, mes F. : de circonscrire  les caractéristiques fondamentales de la pensée maçonnique ?

La liberté de pensée du franc maçon est donc le fruit de sa Liberté, mais non d’une liberté octroyée, d’une liberté conçue comme une bulle merveilleuse au sein d’un univers de contraintes philosophiques, religieuses, politiques, morales, ou tout simplement comme une autocensure mère de toute sûreté, mais comme l’élément constitutif originel et original de la pensée du Franc-Maçon sans lequel la franc maçonnerie tout entière serait dépourvue de sens.

Plus encore, le franc maçon ne saurait se contenter de cette liberté pour en faire un usage dépourvu de toute finalité et pour tout dire abandonnée à sa seule fantaisie.

S’il dispose du privilège d’être délié de toute obligation de penser dans un champs délimité par d’autres systèmes de pensée, c’est pour satisfaire à l’objet même de son engagement à savoir se connaître soi même.

Cependant si l’on admet le cogito au coeur de la démarche maçonnique, pour autant la franc maçonnerie, elle,  ne dispose t-elle pas que la fin des fins est l’amélioration de l’humanité ?

N’y a-t-il pas une contradiction à inviter les hommes de bonne volonté à penser dans un lieu et un temps sacrés selon une méthode entièrement tournée vers leur intériorité la plus profonde alors que la franc maçonnerie, elle, proclame une finalité ultime qui propulse les francs maçons dans une dimension collective idéale hors de portée de leur entendement ?

Le franc maçon ne pourra dépasser ce dilemme que par l’aide d’une pensée autre privilégiant l’introspection, sans pour autant se perdre dans le mysticisme ou des formes d’expression qui sont autant de vecteurs qui transportent la pensée hors de l’être pensant au moyen d’abandons peu conformes à la nécessaire pureté de la démarche.

Notre civilisation a privilégié et glorifié la parole et l’écrit.

Mais ceux-ci ne sont que des représentations ainsi que l’a fort justement dit DERRIDA.

Le franc maçon ne peut s’appuyer sur ces représentations en tant que telles pour justifier sa démarche.

Il dispose d’une faculté spécifique qui consiste dans l’émergence d’une forme de pensée originale et qui lui est propre, celle de l’égrégore, qui ne se réduit ni à une pensée organisée ni une pensée consciente, mais qui s’appuyant sur l’amour fraternel conduit naturellement le franc maçon à sa juste place et le rassure en lui faisant constater que quelque soit le libre exercice de sa pensée, il est légitimé dans son expression et que, plus encore, il est encouragé à poursuivre dans cette voie.

L’égrégore n’est pas une pensée, ni un système, il ne se réduit pas à une définition d’un processus rationnel et on ne peut le réduire à une fin déterminée. Il est un ressenti, une sorte de sentiment sans cause ni but, une nébuleuse d’interactions humaines sans substrat ni organisation formelle, mais sans laquelle il n’y aurait pas de champ d’expansion de la pensée des francs maçons.

Ainsi par l’égrégore le franc maçon bénéficie de l'ensemble des énergies cumulées de ses frères, cet ensemble fonctionnant comme un accumulateur d'énergie possédant ses propres caractéristiques. Le point culminant en est la chaîne d’union laquelle comme son nom l’indique unit les francs maçons, sans parole ni écrit mais dans une communion de pensée qui nourrit et agglomère la force spirituelle de la loge.

Certes les religions sont le lieu historique des égrégores, mais ceux-ci sont dédiés à une foi religieuse révélée et ne sont jamais conçus comme le lieu d’expression d’une libre pensée.

Cette faculté étonnante qui dope la pensée se retrouve même dans des circonstances surprenantes hors de tout champs religieux ou philosophique. Il fleurit au sein des hôpitaux des "groupes de prières", qui prient pour la guérison des malades qui le leur ont demandé et ce quelque soit la religion. On s'est aperçu que des malades atteint de maladies graves, et pour qui priaient ces groupes, se remettaient beaucoup pus rapidement et avaient des chances de guérison beaucoup plus élevé, que des malades qui ne bénéficiaient pas de ces groupes !.

Une pensée qui n’est pas affectée par un présupposé affectant sa légitimité et qui ne craint pas d’être dévoyée ou altérée dans sa substance, lorsqu’elle passe du concept pensé à l’expression, est une pensée pure déliée de la rhétorique et de tous systèmes d’expression  et de représentation conventionnels.

Elle sera d’autant plus brillante qu’elle est dépouillée du poids des conventions, lesquelles dans le monde profane, déforment, réduisent, contraignent et avilissent en fait la pensée la plus innocente de telle sorte que le plus extraordinaire mérite de la franc maçonnerie ne réside pas dans un message autoproclamé universel qui n’existe pas ou encore ajoutant une religion à des religions,  mais dans le génie d’avoir crée un univers unique et singulier dans lequel l’homme retrouve sa dignité d’individu c'est-à-dire d’être ultime non divisible, et dont la légitimité est non seulement reconnue et protégée, mais encore exaltée et portée au plus haut niveau des valeurs de l’humanité.

Dès lors il n’est pas étonnant que les systèmes, non seulement de pensée mais encore d’organisation des hommes et de tous temps, conscients de la puissance et de la force d’un tel individu, force qui est diamétralement opposée à leur propre finalité et à leur propre légitimité, aient combattu et avili le franc maçon, irréductible aux injonctions et aux soumissions autres que celles de sa propre pensée. 

Le franc maçon trouve dès lors au sein de sa loge non seulement le lieu de sa protection qui est le sentiment ultime sans lequel il ne saurait prospérer, mais encore le lieu ou sa pensée pure trouvera naturellement son expansion et toute sa force, par une expression dont l’émergence est toute entière organisée à cette fin.

Ce concept éminemment ésotérique conduit à un être collectif, lieu d’expansion de la pensée franc maçonne. 

Comment comprendre autrement le rite maçonnique sinon par la nécessité d’élever la pensée de chacun en une expression unique, légitime et respectée.

Donner la parole quand elle est demandée, la faire circuler et imposer le respect du silence sont autant de règles sans lesquelles la parole et donc la pensée seraient niées et réduites à l’assourdissement  cacophonique du monde profane.

C’est ainsi qu’il faut comprendre la méthode maçonnique qui s’attache par le symbolisme, la spiritualité et le rituel à procurer à la pensée de chaque franc maçon  les conditions de son expression et par conséquent de sa naissance aux autres.

Que seraient une pensée sans expression et une expression sans finalité ?

Lieu favorisant l’émergence de la pensée pure la franc maçonnerie ne serait pas porteuse d’un concept suffisant en soi si le franc maçon ne trouvait dans la méthode maçonnique non seulement le moyen d’exprimer sa pensée mais encore de l’amplifier, de la modifier, de l’améliorer même d’en changer, bref d’entrer non dans une simple révélation d’une pensée préexistante, mais dans un chemin personnel, une voie de parachèvement qui va du simple accroissement de la connaissance à l’approfondissement permanent des idées et des concepts les plus élaborés de l’esprit humain.

C’est pourquoi il n’existe aucune opposition de principe entre l’affirmation de la franc maçonnerie qui invite le franc maçon à entrer dans les voies qui lui sont tracées et la nécessaire liberté de penser sans laquelle nul travail ne serait porteur de sens.

La glorification du travail ne s’entend pas autrement, s’agissant pour le franc maçon de rechercher par un travail sur lui-même les forces nécessaires pour son amélioration.

Mais on ne peut travailler sans outils et le meilleur ouvrier ne peut fournir le meilleur de son travail si de remarquables ingénieurs n’ont pas façonné pour lui les  outils dont il va faire usage.

La méthode symbolique révèle ainsi sa véritable fonction d’intercession, de catalyse entre les significations profanes et ésotériques, outils de traduction de la pensée et forge des concepts les plus nécessaires à l’expansion infinie de la pensée maçonnique.

Alors oui, au terme de ce travail de recherche, je peux affirmer que l’on peut penser en Franc-Maçon.

L’on peut, mais l’on doit.

Simple faculté ou obligation ?

L’obligation de penser en franc maçon ne réside pas dans une vérité innée et naturelle, dont nul franc maçon ne peut se détacher par nature et par le simple effet du respect de la parole donné lors de son serment. Elle réside dans un acte d’adhésion, librement consenti et qui ne peut être violé sans conséquences.

Si on est libre de penser, on est également libre de s’engager à penser selon des règles acceptées.

Dès lors, le franc maçon doit penser en franc maçon pour être pleinement et dignement franc maçon même si sa pensée reste libre en lui, nul ne songeant jamais à lui contester cette liberté.

Comment pourrait on d’ailleurs agir sur la pensée d’autrui ?

Hannah Harendt, notre plus grand penseur des totalitarismes a montré que les plus abominables tyrans de l’humanité ont du s’incliner est s’avouer vaincus devant la seule force inatteignable de la pensée de leurs victimes.

Il est des hommes qui pensent pouvoir, par la force, la menace, la persuasion, la malice, le jeu des intérêts, des désirs, des sentiments, des affectations de l’âme ou toute autre affect ou perceptions, agir sur la pensée d’autrui si ce n’est sur leur propre pensée. Ils sont heureux de constater que les hommes soumis à de tels effets se conduisent ou agissent comme souhaité.

Erreur, erreur profonde, la pensée d’un homme ne se livre pas, ne s’hypothèque pas, ne peut jamais être détruite ou affectée car elle précède l’expression et en est étrangère.

C’est ainsi en vain que l’histoire des hommes à toujours vérifié que nul homme, nulle société nulle idée n’est parvenu a affecter la pensée des hommes lors même que les actions des hommes sont, elles, affectées par les plus insignes des contingences.

Ainsi si ce n’est pour une éthique du comportement et pour le respect de soi même, penser en franc maçon s’impose pour donner à sa pensée la seule voie possible d’expansion à savoir une expression réellement et fondamentalement maçonnique.

Chacun est juge de lui-même. Exister au monde est d’abord penser le monde en soi.

Malgré les recherches de nos plus grands savants, le cerveau humain n’a pas encore révélé les modalités matérielles constitutives de la pensée des hommes. Y parviendront ils jamais et qui peut souhaiter que l’homme manipule les pensées d’autrui par la science?

Ce n’est que par l’expression de la pensée, dans cet étrange passage de la pensée intime à sa révélation au monde que réside l’appréhension des processus de représentation de la pensée.

Mais tout processus de représentation est attentatoire à la nature et la complexité de la chose représentée qui subit dès lors une réduction et une perte de matière, tant il est vrai que l’expression est une traduction.

Consciente de cet état, la franc maçonnerie a su créé un univers dans lequel le franc maçon est le plus à même de forger et transmettre sa pensée, de l’exprimer c'est-à-dire de la faire sortir de soi, de la manière la plus pure et sans affectation.

Certes, nul ne saurait affirmer que la méthode maçonnique est la réponse parfaite, idéale et universelle aux besoins les plus intimes de l’homme dans la détermination et la domination de sa propre pensée.

La nature de l’homme est ainsi faite que quelque soient ses facultés, la beauté, la force et la sagesse de ses pensées, il ne pourra jamais achever la construction parfaite de son temple intérieur, ne pouvant accéder aux mystères qui lui sont cachés.

Mais la franc maçonnerie contribue à satisfaire et rendre heureux les francs maçons de pouvoir exprimer ce qui leur importe par-dessus tout, une pensée sincère, partagée dans l’amour des autres hommes pour le bien de l’humanité.

La grandeur et la force d’un tel projet forment toute la noblesse et la valeur de la méthode initiatique et spirituelle de la Franc-Maçonnerie.

Puisse cette grande œuvre persister et nous guider vers notre idéal.