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Comme vous pouvez l’imaginer au vu du titre que j’ai choisi pour entamer une réflexion, c’est l’appellation de l’association loi 1901 représentant STELLA MARIS dans le monde profane qui m’a inspirée.
 
Faire cohabiter le mot « humanisme » à celui de « harmonie » est à priori heureux. Je pense que cette réunion représente à merveille l’état d’esprit qui règne dans notre Atelier / microcosme. Ces deux mots ainsi liés auraient fort-bien pu constituer le titre distinctif de la Loge, mais la sagesse de nos anciens a permis de marier pour une même entité, le spirituel et le matériel.
 
-    Le nom STELLA MARIS pour le groupement initiatique.
 
-    L’ordre administratif et bancaire « Humanisme et harmonie » pour l’appellation courante.
 
Gloire à la perspicacité de ceux qui nous ont précédés !
 
J’ai qualifié d’heureuse la cohabitation d’humanisme et d’harmonie.
 
En ce qui concerne STELLA MARIS, sans aucun doute car la recherche initiatique de chacun de nous, correspond, me semble-t-il et avec les différences résultant de nos sensibilités et personnalités individuelles, à l’idéal maçonnique tel qu’il est défini dans la Constitution de la GLDF : La Franc-Maçonnerie a pour but le perfectionnement de l’Humanité. A cet effet, les Franc-Maçons travaillent à l’amélioration constante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan de bien-être matériel.
 
Pour la société des hommes, exotérique, profane, en est–il de même ? En d’autres termes, la notion d’humanisme, peut-elle être pensée et qualifiée d’harmonieuse ? N’espérez pas de ma part des réponses sans appel, des certitudes mais bien au contraire, la recherche d’un débat comme ceux que nous savons construire dans cette Loge
 
C’est en lisant un livre, ayant pour titre « ISHMAËL », qualifié de roman et écrit par l’Américain Daniel QUINN, philosophe de l’écologie et futurologue, que m’est venu l’idée d’une réflexion à vous soumettre.

Que dit ce livre ?

Un homme, d’une trentaine d’années, cherchant un sens à sa vie, répond à une petite annonce ainsi libellée : «  Professeur cherche élève souhaitant vraiment sauver le monde. » Cet homme, intéressé par le libelle édité répond. Sollicité, il découvre que le professeur est un … gorille, nommé ISHMAËL !
S’engage alors entre-eux, un dialogue socratique surprenant, drôle et profond, sur de grandes questions tout à la fois philosophiques, historiques et morales.
Un tel ouvrage, c’est sûr, donne à réfléchir. Le sous-titre déjà, situe le propos : L’homme, une fois disparu, y aura-t-il un espoir pour le gorille. L’animal représentant ici l’ensemble de toutes les espèces autres que l’homme vivant sur terre.

Sans résumer le contenu, explicitons les bases de la réflexion.

Un constat tout d’abord. L’homme est prisonnier d’une histoire, dérivée d’une culture. S’en évader revient à s’exclure de l’espèce humaine.

 
Une histoire étant un scénario mettant en scène les relations entre l’homme, le monde et les Dieux.
  • Une culture, représentant un ensemble d’hommes qui jouent un rôle dans cette histoire, c’est-à-dire qui s’efforcent de la rendre vraie.
Après un développement sans faille, l’auteur considère que les hommes (pas tous mais presque), envisagent le monde comme une sorte de structure d’accueil, une « machine » conçue pour produire et soutenir leur existence. Ces hommes-là considèrent que ce monde a été fait pour eux, qu’il leur appartient et qu’ils peuvent donc en faire ce qu’il leur plaît, au détriment de toutes les autres espèces vivantes.

Ainsi joue-t-il un rôle, dans une histoire qui fait de l’humanité, l’ennemi du monde vivant.

Constat écologique, pur et dur et qui, bien que cohérent dans son développement est majoritairement réfuté par les hommes, sous peine – je l’ai déjà dit – de s’exclure de l’espèce humaine.

Après ce constat, le corps de l’ouvrage traite du « comment ? » Comment faire pour qu’il n’en soit pas ainsi ? Je n’en parlerai pas, vous pouvez toujours lire le livre si cela vous intéresse. Juste une phrase pour vous situer le développement, celle énonçant la loi de la compétition limitée : « 
Prends ce qui t’est nécessaire et laisse vivre le reste. »

Arrivé au terme de cette lecture, vous le pensez-bien, j’ai considéré que humanisme et harmonie, effectivement, ne semblaient guère cohabiter, que le développement de l’homme par rapport à la nature dont il est issu, n’est guère en concordance avec celle-ci.

 Peut-être est–il maintenant nécessaire de préciser ce qu’humanisme d’une part et harmonie de l’autre veulent bien signifier.

Pour HUMANISME, cela sera difficile, tant le terme a été utilisé à des fins différentes, y compris les proclamations emphatiques de fin de banquet électoral ou celles de Café du Commerce. En fait, hormis le mouvement littéraire de la Renaissance ainsi qualifié, et la formation de l’esprit humain par la culture des lettres et des sciences, il reste l’immense domaine hiérarchisé en théories ou doctrines et prenant pour fin la personne humaine et son épanouissement. « Pour fin, et non comme moyen » précisera la morale philosophique de KANT, ou encore, « le culte de tout ce qui est de l’homme », d’après RENAN.

HARMONIE, à présent. Au sens propre, ce mot signifie : jonction par engrenage, et par extension : agencement des parties d’un tout, de manière qu’elles concourent à une même fin. Agencement certes, mais pas de n’importe quoi, de tout ce qui va bien ensemble et qui paraît agréable. Finalement, et pour rejoindre le sens propre : des êtres ou des idées sont en harmonie, comme peuvent l’être les dentelures finement sculptées d’un engrenage d’articulation. Etre en harmonie avec, c’est s’accorder avec !

Associons maintenant nos deux termes et nous constaterons qu’au moins trois domaines de réflexion sont perceptibles :

Le domaine anthropologique, du primate à l’homme moderne. L’évolution de notre espèce s’est-elle effectuée harmonieusement ?

Le domaine plus proprement écologique, traité d’une certaine manière par le livre « ISHMAEL » que j’ai précédemment évoqué. L’emprise de l’homme sur la nature et maintenant sur l’Univers est-elle en accord avec les lois universelles de pérennité des espèces ?

Enfin, l’immense domaine, aussi bien sociologique que philosophique, représenté par les relations entre les humains existant sur terre, relations également avec leurs ascendants comme avec l’idée qu’ils se font de leurs futures générations.

Devant l’ampleur de la tâche et pour suppléer à mon ignorance, je me suis résolu à donner un point de vue de Franc-Maçon pour qui, rien de ce qui concerne l’homme n’est indifférent.

 
L’évolution de l’espèce, tout d’abord.


En cette matière, est-il concevable d’évoquer l’harmonie ?

L’homo, cet animal bizarre est vraisemblablement né en Afrique, dans la zone des Grands Lacs, entre 4,5 et 3 millions d’années. Des premiers on ne sait rien, des suivants, guère mieux sinon qu’ils ont conquis le monde. Seul son successeur nous parle plus, l’ennui c’est qu’il est singulièrement identique à notre apparence. De l’homo sapiens archaïque vivant il y a 600.000 ans, jusqu'à nous il n’y a pas de modifications morphologiques majeures. L’évolution a vraisemblablement marqué de son empreinte les premiers spécimens de l’espèce, avec même des extinctions, des rameaux sans descendance. Pour être bref, l’homme est, historiquement situé dans l’évolution animale et ce qui le caractérise, c’est sa faculté de pensée abstraite, qui le différencie de tous les autres êtres vivants. En terme d’évolution et particulièrement celle de l’homme, si l’on considère que le redressement du corps, le développement du pouce, la réduction de la face, l’envahissement de l’espace cérébral, la phonicité consciente et la mémoire socialisée sont des changements concourants à une sorte de perfection, alors oui, cette évolution est harmonieuse. La nature quant à elle se soucie peu de cette appréciation qualitative. Mais sommes-nous bien placés pour en juger ? Certainement pas ! Cependant, en l’absence d’autres interlocuteurs. Continuons…

Continuons, pour écouter Teilhard de Chardin parler de l’origine de l’homme : « Quand, pour la première fois, dans un vivant, l’instinct s’est aperçu au miroir de lui-même, c’est le monde entier qui a fait un pas. L’homme est entré sans bruit. » Cet auteur cher à de nombreux Stella Mariens pense que l’avenir de l’humanité se situe dans une montée des consciences individuelles vers un point de convergence, permettant le plein épanouissement de l’homme. A ce point de convergence, l’Oméga, s’établira la synthèse du dualismes unité / personnalité, l’Amour constituant alors, la forme suprême de l’énergie radiale. Pensez, mes Frères, que Teilhard de Chardin, tout jeune encore, a formalisé sa réflexion dans la boue et le sang des tranchées de la Grande Guerre !

Face à une telle vision confiante en l’avenir de l’homme, on est confondu mais surtout exalté par l’ampleur de la tâche qui reste à accomplir. Nous touchons peut-être avec lui, une définition de l’humanisme qui serait ainsi : Comprendre au mieux le passé, pour vivre sereinement , tout en préservant les options de l’avenir.

En écrivant cela, le mot « tradition » me vient à l’esprit, nous pourrons, si vous le désirez, en débattre tout à l’heure.

 
Venons-en maintenant à un autre volet de notre réflexion : L’emprise de l’homme sur la nature.

Peut-on parler d’harmonie dans ce domaine ?

Pendant plus de 5 millions d’années, l’Homo a vécu, nous le savons, de cueillette, de chasse et de pêche. Voyageur forcé, toujours en quête de nourriture, si parfois il était sédentaire c’était à cause du petit nombre de tribus ou de clans qui peuplaient la terre. Et puis, il y a 10.000 ans environ l’Homo devenu Sapiens-sapiens, entre Europe et Asie, dans le croissant fertile, s’est établi en apprenant à modifier son cadre de vie afin de parer plus activement au manque de nourriture. Il a dû faire en sorte que son environnement produise davantage pour lui. En d’autres termes, il s’est transformé en agriculteur. Ce fut un tournant, un grand moment dans l’histoire de l’humanité. Avec l’agriculture les limites de la survie ont été reculées et l’ascension de l’homme a connu une rapidité foudroyante.

Ce qui est remarquable, c’est qu’à cette époque, l’homme avait migré sur tous les continents. Pourtant, c’est à peu près simultanément, en des lieux très différents que les débuts de l’agriculture ont eu lieu.

En ce qui concerne les peuples de la Méditerranée, les mythologies égyptiennes, grecques et surtout le Livre de la tradition hébraïque ont enregistré ce moment de l’histoire de l’homme. Plus qu’un constat, la Bible, avec la Genèse accorde à l’homme tous les droits sur dame nature.

Ecoutons le Chapitre 1 au verset 26 :

« Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. »

Et encore le verset 28 :

« Dieu les bénit (l’homme et la femme précédemment créés) et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et tous les animaux qui rampent sur la terre. »

Au verset 29 enfin, l’usage de l’agriculture est clairement préconisé :

« Dieu dit : Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. »

Six siècles avant Jésus-Christ, dans l’idée des rédacteurs qui, à cette époque, ont éprouvé le besoin d’écrire leur passé, au 6ème jour tout est fait, l’homme est crée et ses droits enregistrés. Le monde a été conçu pour lui, et il a pour mission de le gouverner. Pour cela, il doit encore le conquérir et lui imposer sa loi.

Fort de cette autorisation, Sapiens-Sapiens s’est empressé de dominer et de soumettre. Au rythme de ses capacités technologiques, il a toujours forcé la nature et jusqu’à ses points de rupture. En fait, Homo a vécu sans dommage sur cette planète durant 3 millions d’années puis soudain, il l’a conduite à la catastrophe en 500 générations. Il est aussi possible d’affirmer que l’homme moderne détruit le monde parce qu’il est, au sens propre et d’une manière délibérée, en guerre avec lui. Le résultat tangible de ces actions de domination et de soumission, est que la diversité est progressivement détruite dans le seul but de contribuer à l’expansion d’une seule espèce.

Dans l’avenir, l’espèce humaine sera-t-elle capable d’infléchir de tels comportements ?

Je dis « dans l’avenir » car, de nos jours, les pays les plus développés en sont encore à acheter aux pays non industriels, des « droits à polluer » ! Nos successeurs donc, auront-ils la volonté de tordre le cou à la culture qui, nous le savons maintenant, conduit à l’extinction de la race humaine et, de plus, préserve un mode de vie qui s’est révélé malsain et destructeur ? Je ne sais ! Mais ce qui est regrettable est que la politique, au sens fort du terme, ne se préoccupe pas ou peu de ces problèmes, pourtant vitaux.

Nous voyons donc que, dans le domaine de l’homme face à son environnement, harmonie n’est guère le terme approprié.

Abordons enfin le troisième volet de cette réflexion qui, je le rappelle, concerne les relations – au sens large – entre humains.

Vaste problème, pensez-vous ? A juste raison ! Mais voyons, sans trop entrer dans le détail. Notre propos consiste à envisager ces relations, ou leur absence, à l’aune de l’harmonie, ce qui revient à tenter d’agencer les parties d’un tout, de manière qu’elles concourent à une même fin – pour me citer en ce début de Planche.

A la réflexion, l’homme est un animal social qui s’efforce de se singulariser de ses semblables dans les rapports de proximité et qui, parallèlement, s’agrège volontiers à une population, native d’un même terroir ou partageant un même idéal. Ainsi, on peut dire que l’homme a tout autant besoin de liberté individuelle que de cohésion à des concepts qui le font rêver.

Si un tel constat représente, sans doute schématiquement, une composante réelle du comportement humain, alors, il est possible d’engager une réflexion sur la nature d’un humanisme porteur d’espérance, d’évaluer la différence entre le rêve et la réalité et de mesurer l’écart à combler. En somme, devons-nous apprécier le prix de l’harmonie dans un humanisme imprégné de force, de sagesse et de beauté ?

Nous voilà enfin amenés, dans notre réflexion, à jauger les valeurs humanistes que nous avons reçu en héritage, par rapport au cadre de référence qui se dégage de l’idéal maçonnique. Ces valeurs, nous allons brièvement les citer. Leur seule évocation nous permettra de noter combien, chacun de nous, citoyen occidental, doit au Siècle des Lumières ainsi qu’à l’idée franc-maçonnique qui en découle.

Tout d’abord la croyance au progrès. « Nous autres, les modernes, nous ne croyons plus au cycle mais à l’évolution », affirme le philosophe Paul Veyne. C’est par notre acceptation d’un temps droit et non circulaire, donc d’un temps qui va quelque part, que nous pouvons travailler en prévision d’un avenir qui nous échappe. En quelque sorte, travailler à la construction de l’édifice que nous n’habiterons jamais mais dont la vision finale nous permet de tailler notre Pierre afin qu’elle ne dépare pas. Cette croyance au progrès c’est aussi celle de Teilhard de Chardin, déjà cité, – mais comment ne pas l’évoquer à plus d’un titre ?

Ensuite le concept d’égalité.

Jean-Claude Guillebaud, en exergue d’un chapitre de son essai intitulé « La refondation du monde », inscrit cette phrase de notre Frère aîné Condorcet. Je la cite : « Nos espérances sur l’état à venir de l’espèce humaine peuvent se réduire à ces trois points importants : la destruction de l’inégalité entre les nations ; les progrès de l’égalité dans un même peuple ; enfin le perfectionnement réel de l’homme. »

En Europe et plus particulièrement en France depuis plus de deux siècles, nous pensons que les hommes sont égaux entre-eux, en dignité, en droits et en devoirs. Cette idée, somme-toute singulière est, à en croire nombre de philosophes, l’héritage du monothéisme qui nous a fait penser l’égalité des hommes en référence à un Dieu unique. Quoi qu’il en soit et malgré notre admiration pour les encyclopédistes français, il est plus aisé de nos jours de dénombrer les inégalités que de comptabiliser les exemples d’égalité. Avec l’effondrement de l’espoir communiste communautaire, c’est le capitalisme qui a relancé la lutte de classes… et qui l’a gagnée. En peu de temps, l’écart des revenus entre le salarié moyen et son PDG est passé de 1 à 35 dans les années 60, à 1 à 200, voire davantage. Le salaire de l’exécutant n’est pas la récompense de l’effort fourni mais un « coût », en terme comptable, qu’il s’agit de réduire au strict minimum.

Je n’accumulerai pas les arguments, mes Frères, qui témoignent en faveur d’un défaut d’harmonie. Dans les tentatives de rapports égalitaires entre les hommes, c’est une évidence qui ne nécessite pas une lourde argumentation. Cependant, pour mettre en évidence des raisons d’espérer, nous devons reconnaître des avancées certaines en terme d’égalité identitaire. Non sans mal, non sans polémiques, peu à peu dans l’opinion courante, une certaine inégalité immémoriale n’est plus admissible : celle qui séparait le Blanc du Noir, l’homme de la femme, le citoyen de souche de l’émigré (quoi-que !), l’hétérosexuel de l’homosexuel, etc. C’est dans ces domaines, plus sociologiques qu’économiques, qu’en Occident, la Franc-Maçonnerie a œuvré avec le plus de vigueur. « Liberté » est la valeur qui est représentée en pivot dans le ternaire de notre devise maçonnique. Nous devons la faire fructifier mais aussi la défendre, car héritière d’un idéal laïque, elle est fermement contestée par nombre de pays et même de religions.

Autre valeur qui me paraît importante : l’Universel. Elle présente l’intérêt de susciter une bonne question en matière d’humanisme : Existe-t-il un principe d’humanité, une valeur d’essence supérieure, capable de transcender les différences de races, de culture ou de sexe pour définir notre commune humanité ? Répondre à une telle question nous semble simple, pourtant, c’est une « question maudite » qui brouille les catégories, subvertit les positions politiques ou religieuses et fait périodiquement lever fanatisme et intolérance. Rejeté par tous, le credo universaliste est devenu un archaïsme vaguement ridicule. Il est même considéré comme une menace pour le droit légitime des minorités. Autre avatar que subit cette valeur d’humanisme : la mondialisation. De principe économique, il ne faut pas la confondre avec l’universel. Elle est une technique mercantile et impérialiste qui pervertit dans l’esprit de beaucoup l’universalité des valeurs, des droits de l’homme, des libertés, de la culture et de la démocratie.

La Franc-Maçonnerie Universelle a bien compris la puissance comme la fragilité d’une telle valeur. Elle n’hésite pas à décréter dans ses « Anciennes Obligations », le caractère universel de l’Ordre maçonnique qui permet à tous les Franc-Maçons de se reconnaître entre-eux comme Frères. Elle parle de centre d’Union, capable d’agréger nos singularités. Nos Frères fondateurs, héritiers des Lumières ont bien compris que chaque homme n’accède à l’humanité que par la médiation d’une culture particulière.

Je pourrai encore évoquer comme autres valeurs fondatrices d’un humanisme profond : la Justice, c’est-à-dire le refus de la vengeance et du sacrifice ou encore la Raison que nous concevons, nous Franc-Maçons, à la fois critique et modeste. Critique à l’égard d’elle-même et modeste parce que la connaissance est sans cesse invalidée par de nouvelles découvertes.

Et encore ! Et encore ! L’homme debout doit sans cesse remettre sur le chantier ce qui fonde son existence. Le siècle qui débute sera, sans aucun doute, cybernétique, connecté et numérisé mais il n’en affrontera pas moins les mêmes contradictions, les mêmes débats, les mêmes incomplétudes qu’a connu celui qui s’est achevé, il y a peu.


Conclusion

Non seulement nos préoccupations ne sont pas périmées mais, à mesure que se dissipe le brouillard des bavardages, on voit réapparaître une à une, toutes les questions fondatrices qu’il importe de reformuler sans cesse. Ce sont celles que la Franc-Maçonnerie pose, comme consubstantielles d’un développement progressif de l’humanité.

Qui veut pratiquer l’art de construire doit connaître et respecter les lois régissant l’équilibre et l’harmonie, hors desquelles rien de durable ne saurait être érigé.

Pour expérimenter ces lois génératrices d’harmonie nous devons, sans doute, prendre conscience de la Lumière qui est en nous pour, ensuite, reconstruire l’Homme plénier et en faire un humaniste, libre mais conscient de l’enjeu.

N’est-il pas, en définitive, nécessaire d’ordonner le monde pour qu’il accède au sacré – et non le soumettre ? Si nous répondons par l’affirmative à cette interrogation, c’est que nous acceptons l’idée de nécessaire médiation entre le Ciel et la Terre, entre la Lumière et les Ténèbres.

En définitive, cela revient à tenter sans cesse de quitter un monde contingent pour rejoindre la verticalité.

J’ai trouvé, mes Frères, dans le numéro inaugural de « Point de vue initiatique », une phrase qui accrédite ce sentiment, je vous la soumet en matière de conclusion :

« La Franc-Maçonnerie est une société initiatique, une famille, dont les Rites et l’histoire, conduisent ses membres, par des moyens séculaires, au développement progressif de leurs plus hautes virtualités spirituelles, afin qu’ils servent à l’humanité, dans son incessante évolution, de guides fraternels vers le perfectionnement, l’ordre et l’harmonie. »

                                                                                                            P. Q.